Avant-propos : contexte de la campagne
L’économie des musiques actuelles est florissante : le chiffre d’affaires de la billetterie n’a jamais été aussi élevé, le nombre de spectateur·ices n’a jamais autant crû, la musique n’a jamais été aussi accessible en ligne… Et pourtant l’avenir des acteur·ices indépendant·es et œuvrant pour l’intérêt général n’a jamais été aussi inquiétant.
Du côté des concerts, malgré le retour rapide des spectateur·rices après une crise sanitaire traumatisante, le modèle économique des tournées, des salles et des festivals est en tension, amplifiant la polarisation d’un secteur où coexistent des modèles très divers.
Les acteurs indépendants des musiques actuelles subissent une inflation qu’ils ne peuvent compenser par une augmentation de leurs recettes : hausse des charges courantes (énergie, hôtellerie/restauration, salaires globalement…), des coûts d’organisation (sécurité, assurance, technique…) et du coût des têtes d’affiche, au détriment des artistes émergent·es ou peu représenté·es dans les circuits dominants.
En parallèle, les aides publiques baissent, au nom d’une rigueur budgétaire imposée ou subie, ou de postures idéologiques inquiétantes.
Les aides de l’Etat à la politique publique de la Culture, et aux musiques actuelles en particulier, continuent de diminuer. Nous comptabilisons 200 millions d’euros en moins du côté du ministère de la Culture pour 2026, se traduisant par une baisse de 40% des aides à l’emploi artistique, et une baisse moyenne de 5% des aides aux équipes artistiques, aux salles et aux festivals, ou à l’action culturelle.
Le Centre national de la musique n’est pas épargné : la coupe de 7 millions d’euros de la dotation de l’Etat en 2026 amplifie les conséquences du plafonnement des taxes qui lui sont affectées (le « trop perçu » des taxes billetterie et streaming a conduit l’établissement à reverser plus de 11 millions d’euros au budget général de l’Etat en 2025).
La baisse des dotations de l’Etat se répercute ainsi sur les collectivités territoriales, premier financeur de la culture, offrant à certaines la possibilité d’affirmer un désengagement des affaires culturelles.
Quant aux recettes propres, provenant majoritairement des ventes de billetterie, leur augmentation est limitée par la volonté des organisateurs indépendants qui défendent l’intérêt général de rendre leurs événements accessibles au plus grand nombre, dans une période où le pouvoir d’achat diminue.
A cet effet ciseau s’ajoute une législation contraignante et coûteuse en matière de sécurité ou de gestion sonore, et des risques climatiques qui impactent de plus en plus le spectacle vivant et particulièrement les festivals.
Les pratiques des publics évoluent rapidement, illustrant la polarisation du secteur et amplifiant le risque de déconnexion entre des acteurs indépendants dont le modèle économique est en tension, et des acteurs pouvant s’affranchir des enjeux d’accessibilité, de médiation et de structuration de la filière des musiques actuelles. Ces deux pôles sont pourtant indispensables au développement de la filière dans sa diversité. Le CNM souligne qu’en 2025, les représentations de plus de 6000 spectateur·ices (hors festivals) représentaient 28% de la fréquentation (contre 18% en 2024) et 46% des recettes de billetterie (contre 36% en 2024).
Cette modification de la structuration de l’offre (hausse du nombre de représentations dans des très grandes jauges y compris pendant la période estivale des festivals) influe évidemment sur la demande. Elle s’accompagne aussi d’une mutation de sa nature : historiquement portée exclusivement par des entreprises indépendantes, les entreprises productrices de spectacles dans les musiques actuelles sont désormais aussi portées par des filiales de multinationales, françaises, européennes ou internationales. Leur développement est basé sur la croissance sans limite et elles raisonnent en termes de rentabilité et de parts de marchés, influençant la nature de l’offre in fine et pouvant porter atteinte à la diversité artistique et culturelle.
Difficile, dans ce contexte, de ne pas faire le lien avec la fin du festival Woodstower à Lyon en 2025, l’annonce de l’arrêt définitif du Festival de la Paille dans le Jura à l’issue de son édition 2026, et la mise en pause ou la réduction du format de plusieurs festivals en 2026 (le Plan B du Sunska, No Logo, Au Foin de la Rue, etc.). 1 festival sur 2 présente un déficit suite à son édition 2025 – malgré un taux de fréquentation supérieur à 90% – et 40% des SMAC et salles assimilées sont en situation de déficit. Cette situation réduit la capacité des organisateurs à prendre des risques, à accompagner les projets les plus fragiles et les moins inscrits dans les circuits dominants. Elle fragilise les structures de diffusion au service de l’intérêt général et leur capacité à assurer, en complémentarité avec leur écosystème local, leur rôle de soutien à l’émergence et à la découverte, de maillage territorial (notamment dans les zones moins denses) et de développement d’actions culturelles.
Les répercussions sur les producteurs de spectacles sont immédiates et se feront sentir sur un temps long, puisque les investissements manqueront aux projets de demain.
Du côté de la musique enregistrée, la domination des « majors » — Universal, Sony et Warner — n’est pas nouvelle, mais elle franchit aujourd’hui un nouveau seuil. Par l’absorption continue de labels et distributeurs indépendants, en France comme à l’international, ces acteurs renforcent leur pouvoir à tous les niveaux : négociation avec les plateformes de streaming, captation des revenus, contrôle de la visibilité. Cette concentration accélérée engendre également une standardisation des esthétiques, appauvrissant la diversité musicale.
Dans ce contexte, le marché devient de plus en plus hostile aux 1 800 labels indépendants de petite taille en France (chiffre 2025). Pourtant, ils produisent la majorité des sorties musicales. Ils sont un terreau clé pour le secteur, portent la prise de risque artistique et financière et accompagnent les artistes sur le temps long, souvent dans des cadres contractuels plus transparents. Leur boussole reste la liberté créative, faisant d’eux des acteurs essentiels de la diversité et de la vitalité culturelle.
Aujourd’hui plus que jamais, les labels indépendants s’efforcent de s’adapter : inventer de nouveaux modèles économiques, rendre leurs artistes visibles, maintenir leur activité. Malgré un marché du vinyle en hausse, leurs revenus demeurent fragilisés par l’extrême concentration du secteur, alors même qu’ils en constituent le socle créatif. Ils doivent en outre faire face à de nouveaux défis, notamment celui de l’IA générative, qui exploite leurs œuvres sans autorisation ni rémunération en amont, tout en contribuant à diluer leurs revenus en aval, en particulier sur les plateformes de streaming.
Dans les deux dernières lois de finances, les radios associatives voient quant à elles leur principale source de financement, le Fonds de soutien à l’expression radiophonique, attaquée, mettant en péril leur pérennité et donc la pluralité des médias. Ces radios associatives sont les principaux espaces de diffusion audiovisuelle des projets artistiques découverts et soutenus par les salles, les labels, les producteurs et les festivals que nous représentons. Elles sont des espace d’expressions où l’on entend chaque jour plusieurs centaines de bénévoles mettre en avant leurs découvertes et leurs recommandations musicales.
Le maillage territorial de ces radios permet un repérage fin des projets musicaux locaux à qui la parole est donnée dès leurs balbutiements, mais aussi tout au long de leur vie quand ils ne trouvent pas leurs places ailleurs. Sur ces antennes, chaque jour, des centaines de concerts, même de très petite jauge, sont annoncés et des artistes en tournée passent la porte des studios.
Si la musique n’a jamais généré autant de revenus, que les concerts n’ont jamais rassemblé autant de spectateurs et que la musique n’a jamais été autant écoutée sur les plateformes, la réalité est contrastée et confirme le phénomène de polarisation du secteur.
Ainsi, nos sept organisations ont décidé de se regrouper pour valoriser ensemble ce que nous proposons.
Nos 7 organisations,
c’est + de ??? structures de la filière des musiques actuelles
c’est + de ??? concerts produits chaque année
c’est + de ??? festivals qui se déroulent en France et à l’étranger
c’est + de ??? albums produits
c’est + de ??? salles de concerts en France et à l’étranger
c’est + de ??? labels
c’est + de 30 radios associatives
Nos membres sont intimement convaincus qu’au-delà de proposer des concerts, des albums, des tournées, des contenus radiophoniques, notre plus-value est aussi sociétale.
Ce qui nous anime collectivement, c’est la découverte, la diversité, la curiosité, l’indépendance, la convivialité, la proximité, l’accessibilité, l’émotion, le collectif, l’émergence, l’engagement, le partage. Nous défendons la musique et + que la musique !Ensemble, nous avons à cœur de mettre en valeur tant auprès des publics que de nos partenaires ce qui nous singularise et ce qui nous lie, ainsi que notre plus-value sociétale.